On découvre le château de Boulogne

Il y a des endroits qui ne ressemblent à rien de ce qu’on connaît. Des lieux qui vous happent dès le premier regard, et dont on repart avec ce sentiment étrange d’avoir mis les pieds ailleurs… Dans un autre temps, peut-être. Le château de Boulogne-la-Grasse, c’est exactement ça.

Mais d’où vient ce château si particulier ?

Tout commence à la fin du XIXe siècle, quand un riche propriétaire belge du nom de Charles de Boulogne décide de s’acheter un titre de Comte — et un château à la hauteur du personnage. Rien que ça.

Entre 1896 et 1913, il fait ériger sur les vestiges d’un ancien manoir une forteresse absolument singulière : influences médiévales, byzantines et gothiques s’y mêlent, gargouilles et sculptures ésotériques y côtoient du béton armé. Technique révolutionnaire pour l’époque.

Le Figaro lui-même s’en était ému, décrivant un lieu où gothique et roman, diable et saints « fraternisent dans la pierre. » On comprend pourquoi.

Hélas, la Grande Guerre va tout fracasser. Idéalement placé en hauteur, avec vue jusqu’à Amiens, le château est réquisitionné dès 1914, bombardé, puis pris par les Allemands au printemps 1918 lors des combats autour de Montdidier.

Les soldats français le reprennent quelques mois plus tard — mais les cicatrices, elles, sont profondes. La commune entière reçoit la Croix de guerre en 1921. Il faudra près de vingt-cinq ans de travaux pour tenter de recoller les morceaux, sans jamais retrouver la splendeur d’avant.

Pendant des décennies, le château sombre dans l’oubli.

Jusqu’à ce qu’une idée folle le sauve : le financement participatif. Grâce à la société Dartagnans, pionnière dans l’achat collectif de monuments, plus de 7 500 personnes venues de 64 pays ont mis la main au portefeuille pour devenir co-châtelains et écrire ensemble le prochain chapitre de cette histoire.

chateau de Boulogne © Anaïs Diodore

Depuis 2024, le château est officiellement leur propriété. La restauration avance, le lieu s’ouvre progressivement aux visites, et des événements nocturnes comme celui que nous avons vécu commencent à renaître avec lui.

Nous étions arrivés de jour, et déjà le lieu imposait le silence. Puis la nuit est tombée, les lumières ont pris le relais, et les gargouilles ont semblé s’éveiller. C’est une expérience à part entière. Une de celles dont on parle encore le lendemain.


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