Le Festival Photo de Dieppe

Il y a des moments dans une vie de photographe qu’on n’oublie pas. Voir ses photos exposées dans les rues de sa ville natale, en fait clairement partie.

Quand l’annonce de ce projet a été lancée, je ne savais pas vraiment si j’y participerais. Je crois bien que j’ai attendu les derniers jours pour me lancer… Le syndrome de l’imposteur, bien accroché à la peau.

Et finalement, « qui ne tente rien n’a rien » ! Je suis heureuse de vous annoncer que trois de mes photographies sont accrochées en plein cœur de Dieppe : dans la Grande Rue, à l’Hôtel de Ville et à la médiathèque Jean Renoir. Je ne vais pas vous mentir : c’est une vraie fierté. Surtout pour la Dieppoise que je suis.

Merci aux membres du jury de m’avoir donné cette opportunité ! 🙏

Un festival né pour célébrer la photo et le territoire

Le thème de cette première édition ? Vies de quartiers. Pas simple, peu évident, et pourtant tellement riche. La ville a invité amateurs et professionnels à photographier ses quartiers et ceux qui les font vivre. Plus de 460 clichés ont été proposés, 113 retenus pour 27 photographes. De quoi composer un portrait collectif de Dieppe, fait de rues, de scènes de vie et de regards singuliers.

Toute la ville devient galerie : Hôtel de Ville, médiathèque Jean Renoir, bibliothèque-ludothèque Camille Claudel, espace Michelet… Et une quarantaine de photographies sur bâches dans la Grande Rue et la rue de la Barre.

J’aime beaucoup cette idée de sortir la photographie des lieux d’exposition traditionnels et de la faire entrer directement dans le quotidien des Dieppois.

Mardi 8 septembre — le vernissage

Lily Franey, photographe humaniste de renommée internationale et directrice artistique du festival, donne le ton de la soirée. Son parcours est impressionnant et son travail l’a notamment amenée à côtoyer de grandes figures de la photographie humaniste. Sa philosophie, qu’elle porte depuis toujours : la curiosité et l’empathie pour son prochain. Rentrer dans une vie, pas juste la traverser.

Une jolie manière de rappeler que derrière chaque photographie, il y a un regard. Et derrière chaque regard, une histoire.

Le soir de vernissage, on ne vient pas juste voir des photos. On les découvre autrement. Cécile, guide de Dieppe Ville d’Art et d’Histoire, entraîne les participants dans une déambulation à travers certaines séries exposées. Elle raconte la photographie à Dieppe : son histoire, ses liens avec la ville, ce que ces images disent du territoire et de ceux qui l’habitent.

Une façon de ralentir, de vraiment regarder là où on aurait peut-être simplement passé.

Au fil de la balade, elle évoque notamment Bruno Braquehais né à Dieppe et premier photo-reporter de l’Histoire de France, ou encore Georges Marchand, installé au 174 de la Grande Rue, dont la phrase me reste en tête : « On raconte, on transmet une histoire et on construit le regard. ». Des mots qui suffisent à résumer tout ce que ce festival incarne.

La soirée se clôture sur l’annonce du prix du jury, décerné à Philippe Pelat pour sa série consacrée à la Tour aux Crabes. J’ai beaucoup aimé son témoignage, plein de sincérité. Il expliquait qu’il écrivait les moments qui le touchaient et que, lorsqu’il ne procrastinait pas trop, il sortait son boîtier pour photographier les habitants de son quartier.

On ne va pas se mentir : cette histoire de procrastination m’a forcément parlé. 😅

Sa photographie qui le touche le plus est celle qui, selon lui, « montre le positif et ce qu’il y a de bien dans l’être humain. ». Une phrase simple, mais qui dit beaucoup de ce qu’il cherche à transmettre à travers ses images.

Pour les curieux : c’est le cliché n°11 ! 😉

Dimanche 13 septembre — la projection au Rex

Place Nationale, un autre temps fort du festival. Plus intime, plus historique et franchement passionnant.

La projection du film  « Rapho, une agence parisienne », réalisé par Lily et Jean-Pierre Franey, plonge dans une époque où la photographie était un acte engagé. Fondée à la Libération, portée par un esprit résolument antifasciste, Rapho a vu défiler des personnages extraordinaires.

Des femmes comme Janine Niépce et Sabine Weiss, qui exerçaient des métiers encore largement considérés comme masculins — sans jalousie, sans concurrence, juste de l’amitié et du travail bien fait. Des hommes comme Willy Ronis, qui ne cherchait pas la gloire, mais le vrai ou Robert Doisneau, connu pour son regard tendre sur les gens et les scènes du quotidien.

Des parcours, des personnalités et surtout des regards très différents, réunis autour d’une même envie : témoigner du monde qui les entourait.

Les échanges qui suivent sont tout aussi riches. La différence entre argentique et numérique revient forcément dans les discussions. L’argentique obligeait à réfléchir avant d’appuyer sur le déclencheur : chaque image comptait. Le numérique, lui, a tout accéléré et rendu possible l’essai presque infini.

Et puis il y a l’IA, qui brouille encore davantage les frontières. Comment distinguer une véritable image d’une fausse ? Qui apportera demain un témoignage authentique du quotidien ? Des questions qui font forcément réfléchir lorsqu’on est photographe.

Dans la salle, une réponse ressort : Ce n’est pas l’IA. Parce que la photographie reste un témoignage, mais aussi un moyen de créer, de raconter et de poser son regard sur le monde. La signature d’un auteur de la vie quotidienne.

Et ce festival, dans sa simplicité et son ambition, en est la plus belle preuve.

Une partie des photographes lors du vernissage.

Un mot du cœur

Je tenais à remercier chaleureusement toutes celles et ceux qui m’ont envoyé des messages, m’ont encouragée ou qui ont voté pour mes clichés lors de ce festival. Vous ne savez pas à quel point ça compte, c’est une émotion difficile à décrire. Merci, du fond du cœur. 🙏


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